Bon. François Legault démissionne. Bon débarras.
On ne va pas faire semblant que c’est une “page qui se tourne” avec émotion et violons en arrière-plan. C’est juste la fin d’un règne médiocre, d’un premier ministre qui aura gouverné comme un PDG de province, avec la froideur du tableur Excel et l’arrogance d’un bourgeois persuadé que le peuple doit juste “comprendre” et “obéir”.
Il laisse derrière lui un Québec plus abîmé, plus divisé, plus cynique. Et surtout : un Québec où la droite et l’extrême droite sont devenues décomplexées, parce qu’elles ont été légitimées, normalisées, banalisées pendant des années.
Oui, on le dit sans trembler : dans l’histoire récente, ça se défend très bien comme étant l’un des pires. Pas juste parce qu’il a “fait des erreurs”. Mais parce que son projet politique, c’était de faire du Québec une société où on serre la vis aux travailleurs, où on gère les crises au fouet, où on désigne des boucs émissaires, et où on appelle ça “pragmatisme”.
Son mandat restera marqué par une gestion autoritaire de la pandémie : couvre-feux, infantilisation, logique punitive, et ce goût très clair pour gouverner par décret et par conférence de presse, comme si la démocratie était un accessoire optionnel “en temps de crise”. Et le pire, c’est que ça a laissé une trace : un précédent, un imaginaire politique où l’État peut imposer n’importe quoi tant qu’il dit “c’est pour votre bien”.
Et puis il y a eu les scandales, les décisions coûteuses, les projets vendus comme des miracles qui finissent en gaspillage ou en fiasco. Pendant que le monde payait plus cher son logement, son épicerie et ses services, on a eu droit à la politique version business : des annonces à coups de milliards, des deals opaques, une obsession pour “l’attractivité” et “l’investissement” plutôt que pour la vie réelle.
Même la fameuse histoire de la batterie automobile, présentée comme le futur, la transition, la fierté industrielle, a surtout ressemblé à une politique de vitrine : des grandes promesses, du cash public, des risques collectifs, pour servir une stratégie de pouvoir. Le Québec n’a pas besoin d’être un panneau publicitaire pour l’économie des bourgeois.
Il fut aussi le témoin du génocide à Gaza, auquel il a répondu par l’ouverture d’un bureau de commerce à Tel-Aviv, et par une ministre qui a tenté d’interdire les lectures d’auteurs palestiniens au CÉGEP, et stigmatiser la mobilisation étudiante dans les universités.
Mais le plus corrosif, le plus sale, c’est l’héritage identitaire. Les attaques répétées contre l’immigration, la construction permanente d’un “nous” assiégé, de la construction de l'autre comme un danger, les sous-entendus et les signaux envoyés aux obsédés de la pureté culturelle.
La charte de la laïcité, utilisée comme arme politique, a frappé en premier lieu des femmes musulmanes, et a servi de carburant à une islamophobie “acceptable”, institutionnalisée, recouverte d’un vernis de neutralité.
La loi 21 islamophobe, la fin du PEQ...
Ça, c’est une responsabilité historique : avoir contribué à rendre normal le fait de cibler des minorités, de les soupçonner, de les humilier au nom d’un récit national.
Au final, il laisse un Québec qui ressemble à un terrain brûlé : services publics en tension, crise du logement aggravée, méfiance généralisée, et une scène politique où l’extrême droite se sent pousser des ailes.
Il a aussi pavé la voie à un Parti québécois encore plus identitaire, prêt à surenchérir pour revenir au pouvoir, et à une droite qui sait désormais qu’elle peut gagner des points en tapant sur les mêmes cibles. Voilà son héritage : une société désunie, travaillée par le ressentiment, où la solidarité recule et où les plus vulnérables servent de punching-balls.
François Legault aura gouverné en bourgeois, pour les intérêts bourgeois, avec les réflexes bourgeois : protéger l’ordre, protéger l’image, protéger le pouvoir, et gérer le peuple comme une variable d’ajustement. Et ces huit années vont laisser des traces longtemps, malheureusement. Pas parce qu’il aurait été un “grand homme” qui marque l’histoire, mais parce que les dégâts, eux, marquent toujours plus que les discours.
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