On entend souvent que « la gauche est minoritaire », qu'il faudrait convaincre une majorité de la population avant d'espérer transformer la société. Pourtant, les travaux de la politologue Erica Chenoweth racontent une histoire bien différente.
Avec Maria J. Stephan, elle a étudié plus de 300 campagnes de résistance entre 1900 et 2006.
Leur conclusion est devenue célèbre, dans les cas étudiés, aucun régime n'a résisté lorsqu'environ 3,5 % de la population participait de façon active, soutenue et déterminée à un mouvement de résistance civile.
Au Québec, cela représenterait environ 316k personnes. Ce n'est pas une majorité. Ce n'est même pas une personne sur dix. C'est une minorité extrêmement organisée et résolue.
Fait intéressant, le meilleur résultat électoral de Québec solidaire a dépassé les 630k votes, soit environ deux fois ce seuil. Bien sûr, voter n'est pas militer. Les 3,5 % dont parle Chenoweth ne sont pas des électeurs, mais des personnes prêtes à s'engager concrètement dans un rapport de force. Malgré tout, cette comparaison montre que le problème n'est peut-être pas le nombre.
En France ce seuil a aussi déjà été dépassé. Avec plus de 7,7 millions de voix en 2022 pour Mélenchon, soit 11% de la population.
Le véritable enjeu est donc ailleurs, sommes-nous capables de transformer une partie de cette base en une force militante organisée et déterminée ?
Une partie de la base militante, la plus combative, est régulièrement dénigrée parce qu'elle serait « trop radicale », « trop militante » ou « trop idéologique ».
Cette critique vient d'ailleurs souvent de courants sociaux-libéraux qui se présentent comme de gauche, mais qui cherchent avant tout à rendre les mouvements sociaux plus acceptables aux yeux des élites bourgeoises.
Les élites n'ont pas peur des opinions. Elles ont peur d'une population organisée.
Les travaux de Erica Chenoweth montrent également que les mouvements de résistance non violents ont été, en moyenne, deux fois plus susceptibles de réussir que les insurrections armées. Non pas parce qu'ils sont plus « gentils », mais parce qu'ils permettent de mobiliser une part beaucoup plus large de la population. En étant plus inclusifs, ils créent un rapport de force suffisamment puissant pour ébranler les piliers du pouvoir et rendre le maintien du statu quo de plus en plus difficile.
Une transformation profonde de la société n'attend pas que tout le monde soit d'accord. Elle commence lorsqu'une minorité suffisamment nombreuse, organisée et déterminée décide de ne plus accepter l'ordre établi et entraîne progressivement le reste de la société dans un nouveau rapport de force.
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