Aujourd’hui, on rend hommage aux quatorze femmes assassinées à Polytechnique le 6 décembre 1989. Quatorze étudiantes ciblées parce qu’elles étaient femmes. Pas parce qu’un « fou » a eu « une crise ». Pas parce que « la société ne pourra jamais tout prévenir ». Mais parce qu’elles vivaient dans un monde où la haine des femmes n’est pas un accident, mais une structure. Une logique. Un ordre social.
Marc Lépine n’est pas tombé du ciel. Il est sorti d’une société où l’on apprend aux femmes à avoir peur et aux hommes à se croire légitimes. D’un monde capitaliste qui repose sur le travail gratuit des femmes, l’invisibilisation de leur force de travail, le contrôle de leur corps et la punition de celles qui prennent la place qu’on leur refuse.
Polytechnique n’est pas un « mystère ». C’est un féminicide inscrit dans un rapport de domination matériel — celui qui fait que les femmes gagnent moins, dirigent moins, possèdent moins, et sont agressées plus, tuées plus.
Un meurtre de masse commis dans une époque où on disait encore que les femmes n’ont « pas leur place » dans certains métiers. Un meurtre commis contre des femmes qui incarnaient précisément le contraire: l’égalité réelle.
Aujourd’hui encore, les mêmes forces persistent. Une droite identitaire obsédée par la « décadence féministe ». Des chroniqueurs qui accusent les féministes d’être « hystériques ». Des gouvernements qui coupent dans les services sociaux dont les femmes dépendent le plus. Des milieux de travail où dénoncer une agression te coûte ta carrière.
Et derrière tout ça, les rapports matériels du patriarcat. La division sexuelle du travail. L’exploitation du travail domestique. La précarité imposée. Le contrôle des corps. Les violences qui rappellent qui a le pouvoir.
Rendre hommage, c’est s’attaquer aux causes.
Si on veut honorer les femmes assassinées à Polytechnique, il faut dire la vérité:
Le féminicide n’est pas un « fait divers ».
C’est une arme politique.
Une façon de rappeler aux femmes que leur ascension a un prix.
Tant qu’on laissera les hommes voler du temps, du revenu, de la liberté et de l’espace aux femmes, tant qu’on acceptera un système qui repose sur leur exploitation, tant qu’on pensée le patriarcat comme une « opinion » et non comme un rapport de force matériel, on créera les conditions des violences futures.
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