Texte important et nécessaire de Maïka Sondarjee a lire sur Le Devoir.
La critique de la fausse symétrie entre gauche et extrême droite est juste, et elle rappelle utilement que l’on ne peut pas mettre sur le même plan un projet d’extension des droits et un projet d’exclusion, de hiérarchisation et de répression. Là-dessus, le rappel est salutaire.
Là où j’ajouterais une couche, c’est sur ce qui produit matériellement la montée de l’extrême droite.
Les valeurs et les discours ne tombent pas du ciel. Ils émergent dans un contexte précis de crise du logement, précarisation du travail, inflation, démantèlement des services publics, perte de contrôle sur les conditions matérielles d’existence.
Sans analyse des rapports de classe, on risque de combattre les symptômes plutôt que les causes.
La droite autoritaire ne progresse pas parce que la gauche serait trop « radicale », mais parce que le capitalisme en crise fabrique de l’insécurité sociale, puis désigne des boucs émissaires.
Tant que la question de la propriété, de la concentration des richesses et du pouvoir économique reste hors champ, la démocratie demeure fragile, peu importe les bonnes intentions.
Enfin, si ce débat est possible aujourd’hui, c’est aussi parce qu’on assiste depuis quelques années à un retour de l’axe gauche-droite, longtemps neutralisé par ce qu’on appelle l’extrême centre.
Ce centre n’avait aucun intérêt à ce que l’on parle clairement de gauche et de droite, puisqu’il gouverne en se présentant comme raisonnable, modéré et sans idéologie, tout en imposant un faux équilibre entre des projets fondamentalement incompatibles.
Depuis 5 ans, notre travail sur YouTube et nos réseaux, consiste justement à réhabiliter cet axe, à regrouper et faire entendre la diversité des pensées de gauche à travers nos balados et nos extraits vidéo, non pas pour lisser les désaccords, mais pour les assumer politiquement.
Cela implique aussi de tracer des lignes claires et d’exclure du camp de la gauche les sociaux-libéraux et le centre qui se réclament de la gauche parce qu’ils sont progressistes sur certaines questions sociales, tout en restant entièrement dévoués au capitalisme.
Cette confusion a fait énormément de mal à la gauche....On a pu le voir quand ils changent de parti par exemple.
On observe donc aujourd’hui une évolution réelle, celle du retour d’une lecture en termes de lutte des classes oblige chacun à se positionner.
Et dans les périodes de crise, on voit très bien que le centre et les libéraux choisissent la droite, voire l’extrême droite, ou contribuent à radicaliser le discours public en banalisant, par exemple, l’islamophobie... et ce n’est pas un accident, c’est une constante historique.
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