« L’histoire se répète, d’abord comme tragédie, ensuite comme farce », écrivait Karl Marx. Cette phrase n’a rien d’une formule brillante hors sol. Elle décrit un mécanisme historique précis, celui d’un système dominant qui, arrivé à bout de souffle, recycle sans cesse la violence passée pour tenter de se maintenir.
La tragédie, on la voit clairement dans l’histoire impériale des États-Unis. Le Vietnam, bombardé pendant des années au nom de la lutte contre le communisme, laissant des millions de morts et un pays ravagé. L’Irak en 1991 puis en 2003, détruit sur la base de mensonges assumés sur des armes de destruction massive qui n’ont jamais existé. L’Afghanistan, vingt ans de guerre pour finalement fuir en laissant derrière soi chaos et talibans renforcés. La Libye, « libérée » à coups de bombes, devenue un État failli. Partout, le même scénario: une violence massive, structurante, qui redessine des régions entières au profit d’intérêts économiques, stratégiques et énergétiques. C’est ça, la tragédie.
La farce vient ensuite. Les mêmes interventions, mais cette fois emballées dans un langage encore plus creux, encore plus cynique. Trump qui parle de pays comme de propriétés à gérer ou à piller, qui assume brutalement ce que les administrations précédentes maquillaient sous des discours humanitaires. Le Venezuela constamment présenté comme une menace ou un échec moral, pendant que son pétrole reste l’enjeu central. La Russie qui envahit l’Ukraine en recyclant une rhétorique impériale du XIXe siècle, pendant que les puissances occidentales instrumentalisent le conflit pour réaffirmer leur domination géopolitique et militaire, sans jamais remettre en cause l’ordre mondial qui produit ces guerres.
Ce qui relie tout cela, ce n’est pas la folie individuelle de tel ou tel dirigeant. C’est un capitalisme impérialiste en crise permanente, incapable d’offrir autre chose que la guerre, la prédation et la répétition. La bourgeoisie dominante n’invente plus l’histoire, elle la mime. Elle rejoue les anciennes guerres, les anciens récits, les anciennes justifications, parce qu’elle n’a plus de projet émancipateur à proposer. La farce n’est pas moins dangereuse que la tragédie: elle est simplement plus obscène, plus décomplexée, plus ouvertement prédatrice.
Il faut aussi nommer le rôle central des pays occidentaux dans le financement, l’armement et la protection politique du génocide mené par Israël contre les Palestiniens. Les États-Unis, l’Union européenne et leurs alliés fournissent armes, soutien diplomatique, veto à l’ONU et couverture médiatique, tout en prétendant défendre le « droit international ». Ce n’est ni un accident ni une dérive: c’est la continuité d’un colonialisme de peuplement, d’un régime d’apartheid documenté, et d’un ordre impérial qui hiérarchise les vies. Là encore, on retrouve Marx: la tragédie coloniale originelle, puis la farce contemporaine où les puissances qui ont bâti le monde sur l’expropriation et la ségrégation se présentent comme arbitres moraux, tout en rendant matériellement possible l’écrasement d’un peuple.
Marx ne disait donc pas que l’histoire devient ridicule par hasard. Il disait que lorsque les rapports de domination sont à bout de souffle, ils deviennent grotesques avant de s’effondrer.
Et aujourd’hui, cette grotesque répétition se fait à coups de bombes, de sanctions, de discours moralisateurs, toujours au nom des mêmes intérêts, et toujours sur le dos des mêmes peuples.
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