Après chaque décès impliquant la police, on nous répète qu’il faut « faire confiance au processus ». Et pourtant, encore une fois, les documents officiels montrent exactement l’inverse.
Dans les lettres dévoilées aujourd’hui, on apprend que le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) a attendu 1 heure et 36 minutes avant d’aviser le BEI après que Nooran Rezayi, un jeune de 15 ans, ait été atteint par les tirs d’un policier. La loi est pourtant claire : l’avis doit être donné immédiatement.
Pas une heure plus tard. Pas après avoir trié l’info. Immédiatement.
Pendant ce délai injustifiable, les policiers du SPAL ont :
interrogé des témoins,
recueilli jusqu’à 16 déclarations,
commencé à analyser la scène,
et même invalidé eux-mêmes certaines hypothèses avant l’arrivée du BEI.
Le BEI dit qu’ils ont dû réconforter des témoins et recommencer plusieurs entrevues.
Réfléchissez à ça : l’organisme censé faire une enquête indépendante doit refaire le travail parce que le corps policier concerné a « pris de l’avance »… ou, disons-le franchement, a pris le contrôle de la scène.
La mairesse Catherine Fournier demande maintenant une enquête ministérielle complète. Car ce n’est pas seulement un retard administratif :
c’est une atteinte directe à l’intégrité d’un processus déjà fragile, déjà contesté, déjà miné par des années de dérives.
Et ce qui ressort de sa lettre, c’est la gravité :
Le SPAL aurait violé la Loi sur la police.
Il aurait ignoré sa propre directive interne.
Il aurait compromis l’apparence d’indépendance de l’enquête.
En gros, le BEI dit que la version du chef du SPAL ne tient pas la route : l’argument du « deuxième jeune armé » ne repose sur aucune preuve solide et tous les appels au 911 qui allaient dans ce sens ont été rapidement invalidés. Malgré ça, le SPAL a quand même mené lui-même de la cueillette de preuves qui relevait du BEI : rencontres de nombreux témoins, 16 déclarations écrites, recherche de vidéos, etc., alors que son propre corps policier était impliqué. Résultat : l’apparence d’indépendance est complètement compromise, au point où le BEI a dû rassurer des témoins et refaire des entrevues, tout en rappelant au SPAL qu’il n’a pas agi « sans délai » comme la loi l’exige.
Et ce ne serait pas la première fois.
À chaque fois que des jeunes, souvent racisés, meurent ou sont blessés dans des interventions policières, les mêmes schémas reviennent : délais, opacité, contradictions, « erreurs de communication ».
Pendant ce temps, des familles enterrent leurs enfants.
Ce qui arrive à Longueuil ne tombe pas du ciel. C’est un système. Un système où la police enquête sur la police, où les règles sont élastiques, où la transparence n’arrive qu’après des pressions publiques, et où les corps policiers peuvent encore décider quand et comment ils laissent entrer le BEI.
On rappel pour finir, que la mairesse a eu le réflexe typique des élu·es d’un ordre bourgeois, celui de défendre sa police et d’appeler à la confiance, alors que tout le monde voyait très bien où ça s’en allait.
Dans ce système, la police n’est pas un simple service public neutre, c’est l’appareil chargé de protéger l’ordre social existant, et les élu·es se rangent toujours derrière elle.
Les faits la rattrapent aujourd’hui. C’est triste, mais au moins cette fois, la police n’a pas réussi à couvrir ce meurtre. Et l’histoire n’est pas terminée.
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