Que nous dit cette démission ?
Quand, à un an d’une élection, des députés quittent leur parti en rafale pour devenir « indépendants », ce n’est pas une crise morale ni une soudaine illumination éthique: c’est une recomposition de positions dans le champ du pouvoir.
Dans une lecture matérialiste, il faut arrêter de regarder les discours et regarder les conditions matérielles.
D’abord, le parti n’est plus un bon véhicule de carrière, un parti comme la CAQ, quand il est fort, sert de machine de distribution, postes, influence, accès aux réseaux, crédibilité médiatique; mais quand la machine s’enraye (conflits avec les médecins, crises dans la santé, perte de légitimité), le coût de rester loyal devient plus élevé que le coût de partir.
Ensuite, la bourgeoisie politique ne « démissionne » jamais vraiment: ces élus appartiennent à une fraction de la bourgeoisie politico-administrative, donc on ne voit pas une sortie du système, mais une mobilité interne au système.
Enfin, l’idéologie sert de prétexte, pas de moteur: les raisons invoquées (désaccords, valeurs, méthodes, climat interne) sont secondaires, parce que la politique institutionnelle devient un espace de gestion de carrière, pas de confrontation de projets.
S’il faut tirer une conclusion, elle n’est pas morale, elle est matérialiste: ces démissions montrent que, pour une large partie de la bourgeoisie politique, l’appartenance partisane est contingente, réversible et instrumentale.
La droite, en particulier, fonctionne comme une coalition de carrières plus que comme un projet, quand le navire prend l’eau, chacun cherche sa chaloupe. Ce n’est pas un accident du système, c’est son fonctionnement normal.
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