Depuis quelques mois, un thème revient de plus en plus dans la bouche de la droite québécoise: la natalité.
Éric Duhaime en fait maintenant un axe politique clair: parler de “famille”, de “baisse des naissances”, et marteler que si “les Québécois” ne font pas d’enfants, “on est foutus”.
Et il va plus loin: il explique qu’il ne veut pas que ce soit les immigrants qui repeuplent le Québec, mais les Québécois eux-mêmes.
C’est exactement le même logiciel idéologique qu’on a vu dans le débat entre Jonathan Durand-Folco et le jeune conservateur Beauregard: l’idée que l’identité québécoise ne serait pas politique, mais biologique, presque héréditaire. Être Québécois, ce ne serait pas “vivre ici, participer, construire le commun”, ce serait “être né ici”.
Et c’est là que le dogwhistle devient évident.
Parce qu’en théorie, un immigrant peut devenir Québécois, ainsi que ses enfants.
Donc si tu dis quelque chose comme “je ne veux pas que ce soient les immigrants qui repeuplent le Québec”, tu ne parles pas juste de passeports. Tu parles d’autre chose. Tu parles d’un Nous qu’ils veulent préserver… mais qu’ils ne nomment jamais clairement.
Ils ne disent jamais “Québécois blancs”.
Ils ne disent jamais “Québécois chrétiens”.
Ils ne disent jamais “race”.
Mais on comprend très bien ce qui se joue.
Et c’est ici qu’on voit le glissement: ce discours n’est plus marginal.
On le retrouve aussi au centre du jeu politique.
PSPP a, lui aussi, lié la natalité et l’immigration, en expliquant que des “seuils astronomiques” peuvent nuire à la natalité (via logement, coût de la vie, etc.), tout en prenant soin de préciser que les Québécois issus de l’immigration sont “québécois à part entière”.
Donc oui: le vocabulaire est plus prudent, plus institutionnel. Mais l’axe “immigration , pression sociale et natalité” est bel et bien là.
Du côté de Legault, on est dans une autre variante du même récit: la démographie, la pression sur les services, et l’habitude de faire de l’immigration la variable explicative de plusieurs crises, dont le logement.
Bref: la droite et la droite-extrême droite nous refont le même film. Et le film, on le connaît. Il est vieux comme l’ordre colonial.
Le pacte racial, c’est donc cet ordre social qui décide tacitement qui appartient pleinement au “Nous”, qui est perçu comme légitime, qui a droit à la protection, qui est présumé “chez lui”. Et ce pacte ne s’annonce jamais comme tel: il se dissimule derrière des mots propres, des inquiétudes “raisonnables”, des débats “pragmatiques”.
La natalité, dans ce contexte, devient un outil politique parfait.
Et aujourd’hui, la droite québécoise tente de faire de la natalité un nouveau champ de bataille culturel, en mode:
“Faites des enfants, sinon on va être remplacés.”
On te parle de famille, mais on veut parler de frontières identitaires.
On te parle de déclin, mais on veut parler de hiérarchie entre les Québécois.
On te parle de “repeupler”, mais on sous-entend: pas n’importe qui, pas n’importe comment, pas avec n’importe quels corps.
La gauche ne doit pas laisser ce thème à la droite.
Parce que si on les laisse cadrer la natalité, ils vont la transformer en guerre identitaire, en panique raciale, en obsession démographique.
Nous, on peut parler natalité sans racisme.
On peut parler natalité en parlant du vrai sujet: logement, salaires, précarité, services publics, coût de la vie. Et surtout, en rappelant une vérité simple.
On peut préserver le français et notre culture sans fantasmer la pureté, sans avoir peur du mélange, et sans transformer l’identité en barrière. Une culture vivante, ça se partage, ça se transmet, ça se construit avec toutes celles et ceux qui vivent ici, peu importe leurs origines.
Le projet du PQ, de la CAQ et du PCQ, lui, n’est pas un projet social: c’est un projet identitaire, qui rouvre des réflexes de tri, de suspicion et d’exclusion, et qui rappelle les heures les plus sombres.
Le Québec n’a pas besoin d’une “race”.
Le Québec a besoin de justice sociale.