Notre analyse sur le Chili, et vous allez le voir, s’inscrit dans une continuité qu’on dénonce depuis longtemps, mais que personne ne veut arrêter. Il faut en prendre conscience. Car elle arrive au Québec et au Canada. Et non l'arrivée de l'extrême droite, n'est pas la faute uniquement de l'extrême droite elle même
Le Chili vient de faire donc basculer l’histoire en élisant à la présidence José Antonio Kast, figure assumée de l’extrême droite, nostalgique de l’ordre pinochetiste, ultra-autoritaire sur les questions sécuritaires, migratoires et sociales.
Ce basculement n’est pas un accident, ni une anomalie chilienne. Il est le produit direct de l’échec du réformisme néolibéral et de la faillite politique de ce qu’on appelle aujourd’hui l’extrême centre.
Cette victoire intervient après quatre ans de gouvernement de Gabriel Boric, élu en 2021 dans le sillage de la grande révolte populaire de 2019.
Boric est arrivé au pouvoir porté par cette colère populaire. Il n’en a pas été le prolongement politique, mais le canal de sa neutralisation.
Car Boric n’a jamais été un président de rupture. Il a gouverné comme un réformiste, prisonnier de la collaboration de classe, préférant rassurer les marchés, composer avec les élites économiques et parlementaires, plutôt que d’assumer un rapport de force avec l’ordre établi.
Le résultat c'est réformes vidées de leur substance, renoncements successifs, échec du processus constituant, et reprise en main du débat public par la droite sur le terrain sécuritaire et identitaire.
Et comme toujours, ce sont ces renoncements qui nourrissent l’extrême droite. Non pas parce que la gauche serait « allée trop loin », mais parce qu’elle n’est pas allée assez loin.
Parce qu’en refusant d’affronter frontalement le néolibéralisme, le réformisme laisse intactes les causes profondes de la colère sociale.
Cette colère, l’extrême droite se charge ensuite de la détourner vers des boucs émissaires : migrants, peuples autochtones, féministes, mouvements sociaux.
Ce scénario, on le connaît déjà.
Aux États-Unis, la politique des démocrates a préparé le terrain à Trump.
En Argentine, l’épuisement du réformisme a ouvert la voie à Milei.
En France, Macron gouverne en détruisant méthodiquement le champ politique, tout en banalisant l’extrême droite qu’il prétend combattre.
On l’a vu aussi en Italie, après des années de gestion “raisonnable” du centre, Giorgia Meloni, héritière politique de la tradition post-fasciste, a accédé au pouvoir en banalisant l’imaginaire mussolinien plutôt qu’en le combattant.
Même au Canada, on voit le piège. Des gens de ""gauche"" votent PLC “pour faire barrage” au PCC, et au final le PLC se droitise, reprend des réflexes conservateurs et normalise le terrain sur lequel la droite prospère.
Au Québec, la CAQ et le PQ opèrent un virage identitaire, sécuritaire, réactionnaire, autoritaire, préférant courir après l’extrême droite plutôt que d’affronter la gauche.
Partout, le même mécanisme est à l’œuvre : les libéraux et les centristes préfèrent toujours le fascisme au socialisme. Ils préfèrent s’adapter à une droite qui se radicalise plutôt que de risquer une transformation sociale réelle.
Ils diabolisent la gauche, reprennent le vocabulaire de l’extrême droite, légitiment ses thèmes, puis feignent la surprise lorsqu’elle gagne.
L’arrivée de l’extrême droite au pouvoir au Chili n’est donc pas la conséquence d’un excès de radicalité, mais le produit de la domestication de la révolte populaire.
Quand une insurrection sociale est canalisée vers un projet réformiste incapable de rompre avec le système, elle finit soit par s’éteindre, soit par être récupérée par des forces autoritaires.
Le message est clair, au Chili comme ailleurs : le néolibéralisme ne fait pas barrage au fascisme, il lui prépare le terrain. Et tant que la gauche sera sommée de se taire, de se modérer ou de s’excuser d’exister, l’extrême droite continuera d’avancer, portée par les ruines des promesses trahies.
/image%2F7199906%2F20260111%2Fob_49db0e_600251016-1185684386995670-27187444495.jpg)