Quand la lutte des Iraniens devient un alibi islamophobe
Il y a quelque chose de profondément malsain dans cette façon de convoquer les Iraniens en lutte uniquement pour régler des comptes idéologiques ici, en Occident. Comme si des vies risquées, des corps emprisonnés, torturés, exécutés, n’étaient qu’un argument de plateau, une punchline destinée à piéger “la gauche”.
La question posée n’est pas innocente. Elle est construite comme un piège rhétorique. Elle ne cherche pas à comprendre la complexité de la révolte iranienne, ni à exprimer une solidarité réelle avec celles et ceux qui affrontent un régime autoritaire. Elle vise autre chose : forcer une équation grossière entre la contestation d’un État théocratique et une prétendue validation de l’islamophobie.
C’est précisément là que réside la manipulation.
Les Iraniens qui descendent dans la rue ne se battent pas contre “l’islam” en tant que foi, culture ou identité. Ils se battent contre un État qui a confisqué le religieux pour en faire un appareil de domination politique, patriarcale et policière. Confondre cela avec une haine des musulmans, c’est soit ne rien comprendre, soit faire semblant de ne rien comprendre.
Et surtout, ce raccourci sert toujours les mêmes objectifs.
Il permet d’attaquer toute critique de l’islamophobie en Occident en la caricaturant comme un soutien aux régimes autoritaires.
Il permet de transformer une lutte populaire du Sud global en munition idéologique pour des débats identitaires locaux.
Il permet, enfin, d’éviter toute remise en question des responsabilités occidentales : sanctions, ingérences, coups d’État passés, soutien à des dictatures quand elles étaient “laïques” et utiles.
Cette instrumentalisation est d’autant plus cynique qu’elle est sélective. On ne voit jamais cette indignation s’exprimer avec la même intensité quand des peuples musulmans subissent bombardements, occupations, blocus ou apartheid. Là, curieusement, la compassion devient plus discrète, plus conditionnelle.
Soutenir les Iraniens en lutte, réellement, ce n’est pas parler à leur place pour nourrir des obsessions culturelles occidentales. Ce n’est pas projeter nos guerres idéologiques sur leurs morts.
C’est reconnaître leur combat pour ce qu’il est : une lutte contre un régime autoritaire précis, inscrit dans une histoire politique, sociale et géopolitique concrète.
Et surtout, c’est refuser de transformer leur courage en alibi pour recycler une vieille haine islamophobe sous un vernis “progressiste”.
La solidarité n’est pas un piège rhétorique. Elle est exigeante. Elle demande de penser. Et visiblement, c’est là que le bât blesse.
Pour finir, ce n’est pas un texte écrit pour comprendre ou discuter sérieusement, on le sait on connait l'auteur.
C’est un texte écrit pour faire réagir, pour provoquer, pour flatter des réflexes déjà installés chez un lectorat qui n’attend pas une analyse, mais une ration quotidienne de haine, et de valider le racisme et l'islamophobie.
La rigueur n’a aucune importance ici. Les nuances sur l’Iran, la distinction entre une religion et un régime, la complexité d’une lutte populaire, tout ça est secondaire, voire gênant. Ce qui compte, c’est le petit dispositif de piège: une fausse question, un amalgame rapide, et ensuite chacun peut rentrer chez soi avec la sensation d’avoir « gagné » un débat qui n’a jamais existé.
Bref, la précision intellectuelle n’est pas un oubli. C’est un obstacle qu’on évite volontairement, parce que le but n’est pas d’éclairer, mais d’alimenter la haine. Et quand on écrit pour alimenter, la vérité devient optionnelle.
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