/https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2Fj3t7pbTcSGM%2Fhqdefault.jpg)
Le Québec et l'islamophobie - Stephen Brown FACE à À GAUCHE - Épisode 41
Cette entrevue est possible grâce a vos dons. Merci de nous soutenir ici. https://ko-fi.com/agauche Stephen Brown est le président-directeur général du Conseil national des musulmans canadiens ...
9 ans après l’attentat terroriste raciste et islamophobe de Québec, il faut le redire clairement, sans euphémisme ni faux-semblants.
Ce crime était un attentat terroriste islamophobe.
Son auteur était un terroriste, mû par une haine nourrie dans un climat politique et médiatique qui, loin de s’assainir depuis, s’est banalisé, normalisé, institutionnalisé.
Depuis cet attentat, le Québec n’a pas appris. Pire, il a reculé.
On a vu les parents du terroriste se voir offrir des tribunes dans l’émission la plus écoutée du Québec. Posons la question franchement, les parents d’un terroriste islamiste auraient-ils eu droit au même traitement, à la même compassion médiatique, au même espace pour raconter leur douleur?
La réponse est évidente, et elle est accablante. Cette asymétrie dit tout de la hiérarchie des vies, des souffrances et des culpabilités qui structure encore l’espace public québécois.
9 ans plus tard, la situation des musulmanes et des musulmans est catastrophique. Les attaques répétées du gouvernement à travers la loi 21 dite de « laïcité », les offensives politiques et médiatiques contre le halal, la suspicion permanente jetée sur des pratiques religieuses parfaitement légitimes, tout cela a contribué à installer une paranoïa d’État.
Le scandale de l’école Bedford n’a fait que renforcer cette logique, en légitimant l’idée que les musulmans seraient un problème à surveiller, à encadrer, à discipliner.
On se souvient aussi de cette chronique en 2023 d'un célèbre animateur, laissant entendre qu’une demande de salles de prière par des étudiants musulmans durant le ramadan relevait d’une forme de complot avec comme titre « Il se passe quelque chose » ... Comme si pratiquer sa religion devenait un acte suspect. Comme si exister en tant que musulman dans l’espace public québécois devait toujours être justifié, expliqué, excusé.
Et que dire du fait que le premier ministre François Legault doive bloquer les commentaires sous une publication rendant hommage aux victimes de l’attentat, tant la vague de propos racistes et islamophobes émanant de ses propres électeurs est violente et décomplexée? Si ce n’est pas un signe que quelque chose va profondément mal, alors qu’est-ce que c’est?
On espère, évidemment, que plus jamais un attentat comme celui de Québec ne se reproduira. Mais espérer ne suffit pas. Car tout indique que les conditions sociales, politiques et médiatiques qui rendent ce type de violence possible sont toujours là, intactes, parfois même renforcées.
Nommer les choses est un minimum. Cet attentat était terroriste. Il était islamophobe. Et tant que l’islamophobie sera banalisée au sommet de l’État, dans les médias et dans le débat public, le « plus jamais ça » restera une formule vide.
Pour aller plus loin, on vous invite à écouter notre balado avec Stephen Brown, PDG du Conseil national des musulmans canadiens, où l’on revient en profondeur sur ces enjeux, et sur la réalité actuelle des musulmans au Québec.