Haroun Bouazzi vient de l’annoncer, il ne se représentera pas comme candidat dans sa circonscription. Il ne sera donc plus député de Québec solidaire.
L’année dernière, Haroun a vécu ce que peu de politicien·nes subissent avec une telle violence : attaques en rafale, harcèlement médiatique, procès en illégitimité, tentatives répétées de l’isoler et de le briser.
Et soyons clairs, ce n’était pas seulement “une controverse” ou “un mauvais cycle médiatique”.
C’était une démonstration. Une démonstration de la brutalité d’un système qui accepte très mal qu’un racisé parle de racisme.
Haroun a mis à nu un réflexe profondément ancré dans notre société. On tolère la présence des racisé·es tant qu’ils ne nomment pas les rapports de domination. On tolère qu’ils existent, mais pas qu’ils décrivent ce qu’ils vivent. On tolère qu’ils se taisent, qu’ils s’excusent, qu’ils rassurent. Mais qu’ils tiennent tête, qu’ils refusent la posture du “bon racisé”, là ça devient soudain “dangereux”.
Aujourd’hui, de plus en plus de gens s’accordent à reconnaître ce qu’il a pointé avant beaucoup d’autres : la construction politique de “l’autre” comme un danger.
La droite identitaire impose son agenda, occupe l’espace, et l’islamophobie est désormais décomplexée, assumée, normalisée. Et on voit très bien ce qui s’en vient : une droite encore plus dure, plus agressive, prête à aller plus loin, portée par des médias qui ont déjà préparé le terrain.
Dans ce contexte, Haroun n’a pas plié. Il est resté debout. Et ce courage-là compte. Parce que rester debout quand on sait que les institutions ne te protègent pas, que les dominants ont le micro et que la machine médiatique te transforme en “problème public”, ce n’est pas juste une force de caractère : c’est un geste politique.
Il faut aussi rappeler une chose essentielle : Haroun a gagné. Il a remporté sa circonscription contre toute attente. Et avec Alejandra Zaga Mendez à Verdun, c’était les seuls gains de Québec solidaire, après une stratégie de respectabilité qui, elle, n’a pas porté ses fruits.
Il a aussi marqué les esprits par une séquence qui a fait le tour du monde : ses larmes lorsqu’il a évoqué les enfants morts à Gaza au début du génocide.
Québec solidaire a été le seul parti à se tenir clairement aux côtés des Palestinien·nes et à nommer le génocide, malgré la pression, la censure douce et les accusations automatiques. Et Haroun ne s’est pas limité aux mots. Il s’est battu aussi sur des gestes concrets, comme la pression pour que la SAQ cesse d’acheter et de vendre des vins issus des colonies, et d’autres combats où il a rappelé que la solidarité internationale n’est pas une posture, mais une ligne politique.
On sait qu’on va le retrouver dans les luttes. Parce que la finalité, ce n’est pas d’être député.
La finalité à gauche, c’est de faire avancer les luttes, d’arracher des victoires, de construire du collectif. Et Haroun sera utile là où ça compte : là où on organise, là où on résiste.
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