Jeanne Rondeau-Ducharme, influenceuse avec une grosse communauté, vient reposter en story une prise de parole de Marie-Elaine Guay et d’y ajouter son “avis”. Et ce n’est pas juste du bavardage Instagram.
Jeanne Rondeau-Ducharme fait de la politique, elle a une ligne, un camp, et elle se place clairement en opposition à Marie-Élaine, qui elle est à gauche et assume un discours de conflit social.
Et là, ce qui est fascinant, ce n’est pas tant ce que Marie-Élaine dit que ce que ça déclenche chez Jeanne Rondeau-Ducharme, de la peur, malaise, panique morale. Tout s’enclenche automatiquement: dramatisation, accusation de “radicalisation”, soupçon d’“appels à la violence”, et bien sûr… la vieille rengaine de la théorie du fer à cheval.
On est en plein dans le réflexe social-libéral centriste dont on a parlé dans notre texte.
Dès que le discours sort du cadre poli, respectable, inoffensif pour l’ordre établi, il devient “dangereux”. Non pas parce qu’il appelle réellement à la violence, mais parce qu’il nomme un conflit de classe et refuse de le diluer dans des formules tièdes.
“Manger les riches”, ce n’est pas un programme terroriste. C’est une formule politique, une exagération volontaire qui exprime une réalité matérielle. La violence existe déjà, elle est structurelle, économique, sociale, et elle est exercée d’en haut. Mais cette violence-là, les centristes la voient rarement. Ou plutôt, ils s’y sont habitués.
Ce qui leur fait peur, ce n’est pas la violence. C’est la radicalité. C’est le moment où les dominé·es cessent de parler le langage rassurant de la réforme molle et de la pédagogie infinie.
Et pour se rassurer, ils dégainent la théorie du fer à cheval, cette idée bancale selon laquelle la gauche radicale et l’extrême droite se rejoindraient parce qu’elles seraient toutes deux “violentes”, “excessives”, “irrationnelles”.
C’est une théorie paresseuse, politiquement utile surtout pour le centre, parce qu’elle permet une chose très simple, ne jamais parler du contenu.
Peu importe que l’extrême droite défende l’ordre racial, patriarcal et autoritaire. Peu importe que la gauche radicale attaque précisément ces structures. Tout est mis dans le même sac, au nom du ton, de l’émotion, de la colère.
Résultat, le centre social-libéral se donne le beau rôle. Calme. Responsable. Moral. Mais en réalité, ce centre n’est pas neutre. Il est le gardien de l’ordre existant. Et quand cet ordre est contesté frontalement, il tremble.
Alors oui, ils ont peur. Peur que la colère cesse d’être individuelle. Peur qu’elle devienne politique. Peur qu’on arrête de demander gentiment. Et cette peur-là, ils l’appellent “modération”, “raison”, “équilibre”. Mais c’est surtout la peur de perdre leurs certitudes, leurs privilèges, et le confort d’un monde qui craque déjà.
Solidarité totale donc avec toi Marie-Élaine. Tu as le droit d’exprimer ton ras-le-bol face à un système violent et injuste. Dans ce monde-là, dès qu’on nomme les rapports de classe et qu’on refuse le ton tiède, la bourgeoisie paniquée te colle l’étiquette de “radicale”. C’est révélateur d’eux, pas de toi.
Ils nous accusent de violence parce qu’on refuse de nous taire. En réalité, la violence, c’est leur confort bâti sur notre écrasement. Et oui, la peur doit changer de camp
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