Ce qui s’est passé durant cette séquence en commission parlementaire à l’Assemblée nationale, autour du projet de Constitution du Québec, est profondément révélateur.
.Révélateur de quoi ? De la nature réelle du pouvoir qui s’y exerce. Révélateur du mensonge qu’on nous sert lorsqu’on affirme, la main sur le cœur, que le Québec n'aurait aucune origine coloniale, comme a pu l'affirmer PSPP
Le député Haroun Bouazzi demande simplement que des chefs des Premières Nations puissent entrer et assister aux travaux, malgré le fait qu’ils portent leurs bâtons sacrés. Des chefs qui ont fait des heures de route. Des chefs qui viennent parler d’un texte constitutionnel qui les concerne directement.
La réponse du président de la commission est nette, froide, bureaucratique : non. Les règles sont les règles. Les bâtons sont assimilés à des objets dangereux. Aucune exception.
Puis vient la prise de parole d’un des membres des communautés autochtones. Il explique. Il insiste. Il rappelle que ces bâtons ne sont pas des armes. Il souligne l’occasion historique, de faire une exception, montrer une volonté réelle de dialogue, reconnaître les spécificités culturelles et politiques des Premières Nations.
Nouvelle fin de non-recevoir. La règle prime. La règle occidentale. La règle coloniale...Et c’est là que tout se donne à voir.
Un homme blanc, représentant d’une institution coloniale, explique à des chefs autochtones ce qu’ils ont le droit d’apporter ou non dans un lieu de pouvoir qui s’est construit sans eux, contre eux, sur leur dépossession. Le tout au nom de règlements pensés par et pour l’Assemblée, occidentale, disciplinaire. Aucune souplesse. Aucun effort. Aucun respect réel.
On peut évidemment comprendre qu’aucune arme n’entre dans une commission parlementaire. Personne ne conteste cela. Mais justement, quand on est incapable de distinguer un bâton sacré d’une arme, quand on refuse même d’envisager une exception symbolique forte, on ne fait pas preuve de neutralité....et bien on exerce un pouvoir colonial. Brut, rigide, aveugle!
Ce petit incident, qui dure quelques minutes, est en réalité immense. Il dit tout. Il montre que, malgré les discours lénifiants, malgré les déclarations récentes de dirigeants politiques affirmant que le Québec ne serait pas un peuple colonisateur, la réalité institutionnelle raconte une autre histoire. Une histoire de domination, de hiérarchie culturelle, de règles imposées unilatéralement.
Il faut aussi le rappeler que cette Constitution du Québec est elle-même écrite sans le peuple, sans consultation populaire réelle, et surtout sans l’accord des Premières Nations.
Toute la gauche l’a dit et répété. Les nations autochtones l’ont dit clairement, elles ne reconnaissent pas ce texte, produit unilatéralement par un parti de droite identitaire qui continue de parler à leur place.
Alors non, ce n’est pas un simple problème de règlement intérieur. C’est une démonstration de pouvoir. Une violence symbolique nette. Une humiliation politique. Et une honte collective.
On ne peut pas, d’un côté, prétendre respecter les Premières Nations, nier le colonialisme, se draper dans une posture progressiste, et de l’autre refuser l’entrée à des chefs autochtones au nom de règles rigides qui incarnent précisément l’ordre colonial.
Ce moment est révélateur. Et il faut le nommer pour ce qu’il est.